mardi 2 août 2011

Dans la quincaillerie

Walter J. Phillips

[C]haque individu est dressé à s’inventer une profondeur, une vérité de l’être. […] La profondeur absolue est un mirage; si elle existait, on y tomberait et on y resterait.
(Jean Braudillard)

Ça fait longtemps que je ne suis pas restée bien sagement dans mon tipi sapiné. L'été, il fait chaud là-dedans. Alors, force m'est de sortir, de parcourir les rues pour déposer un peu de vent dans chaque interstice de mes cheveux. Toutefois, lorsqu'il tombe des orages extraordinaires, je reviens me cloîtrer dans le tipi. J'étais couchée sur le sol, en train de m'étirer le grand fessier, lorsque j'ai aperçu une tache noire sous le divan (il y a de ces choses dans le tipi, je ne vous raconte pas!). Après quelques secondes à me demander comment cette chose avait pu se retrouver là, est revenue à moi une suite de tableaux, tous plus invraisemblables les uns que les autres, mais qui ont tout de même mené à laisser tomber cet objet sous le divan. Par sa présence, cet objet révèle son contraire : l'absence, le fugitif, le strict nécessaire sans fla-fla. Finalement, après contemplation, j'ai plongé la main pour atteindre ce vestige de rien et pour ensuite le déposer sur la tablette à l'entrée (décidément, ce tipi est meublé!). La séance d'étirements achevée, j'ai décidé de manger de la crème glacée aux fraises pour accroître la douceur de ce jour d'absences, gorgé des solitudes extraordinaires. Puis, m'est venue une pensée pour la quincaillerie : peut-être y trouverais-je un moule à madeleines. Mais non. Il n'y en avait pas. Je suis revenue au tipi les mains vides dans lesquelles il y avait tout l'espace suffisant pour enfouir un visage rocambolesque, le mien. Pour cacher cet air méconnu, un peu country, qui me montait dans les joues avec la fermeté d'un acharnement de douceurs. C'était nouveau et bon. C'était couleur d'aquarelle.