lundi 25 juillet 2011

Dans le spectacle

Parce qu'il fallait revenir, je suis revenue. Pour quelles autres raisons aurais-je fait ce même trajet à travers le sillon des montagnes sinon? Aucune idée. En sortant du char, j'avais un côté de la tête complètement emmêlé, le côté qui donnait sur la fenêtre ouverte. Une moitié de tempête dans les cheveux. Comme Bernard Adamus la veille. Il avait juste une moitié de la tête emmêlée de rastas blonds tantôt bruns. C'était une drôle d'idée d'aller à son spectacle seule, dans ce village où, j'ai été étonnée, une quantité de hippies balnéaires se rassemblent pendant la haute saison. C'était étrange mais quand même très bien. Et fallait bien sûr que je tombe sur une meute de filles un peu connes que je connais de vue pour les avoir observées se soûler et se frôler comme des louves des années durant, jadis. Elles se sont spotées près de la scène, question d'être repérées adéquatement, elles et leurs décolletés à l'air. C'était du joli. Elles criaient quand elles entendaient les mots-clés suivants : bière, baise, fourrer, se-péter-la-face, tout-nu, soûl. Et pour couronner le tout, y en a une qui a lancé à un Adamus stoïc qu'elle voulait passer la nuit avec lui, TOUTE LA NUIT. Décidément, Adamus attire les colons (je ne raconte pas toutes les conneries que d'autres ploucs lui ont balancées à travers la salle). 

Alors, question de survie, j'ai fait semblant d'être née ailleurs, d'être une maudite touriste moi aussi, d'être la petite fille des mémés de passage, assises devant moi. J'ai fait semblant de ne pas être née sur la même terre que ces filles-là parce que, et ça m'arrive trop souvent, la honte est impossible à surmonter. Une honte fascinante toutefois. Du genre que l'on reste à fixer des heures sans prendre une seconde pour cligner de l'oeil ou pour avaler sa salive. À les regarder, quelque chose grandit et devient gouffre. Plus de contacts possibles entre ce monde et moi. Et puis, inévitablement, je me dis : « Putain que t'es snob, ma fille! ». Oui, je crois. Mais c'est que ces gens me semblaient travestir toute la beauté sombre et rèche des chansons. Ça fait con, han? Comme s'il y avait juste moi qui pouvait accéder à cette version-là de son oeuvre. Quand je dis que je suis snob...! Ha!