samedi 9 juillet 2011

Dans le fin fond du fond

Depuis que je suis revenue du fond des bois, je n'ai qu'une idée en tête : y retourner définitivement pour mieux devenir Josée-du-lac. Ce serait une interprétation libre de la vie de Josée-de-la-mer qui, elle, a existé pour vrai. Cette femme habitait seule, jouquée sur la plus haute montagne qui surplombe la baie de rochers. Personne ne lui a jamais vraiment parlé. Tout ce que l'on sait d'elle repose sur des chouennes : ce serait une vieille lesbienne frustrée et hippie. Lorsqu'on mentionne son nom, il y a toutefois toujours quelqu'un pour prendre sa défense : « Elle est ben! Laissez-la donc tranquille. Personne l'écoeure où ce qu'elle est. »
Pour moi, cette femme signifie l'autarcie et la sainte paix. J'ai essayé et c'est tout à fait à ma mesure. J'en rêve depuis que je suis haute comme ça. J'en parlais sans arrêt à ma mère, petite, traumatisée que j'étais par le fonctionnement social du monde. Ce n'était pas aussi clairement formulé que ça, mais n'empêche, travailler pour faire de l'argent me paraissait une aberration. J'avais alors décidé que je vivrais seule dans le bois et que je me suffirais à moi-même. Aujourd'hui, je ne serais pas prête à reprendre ce rêve en bloc et à le mettre en marche tel quel, mais l'idée de me terrer dans le fin fond du fond me tente cruellement.