mercredi 6 juillet 2011

Dans la route 70

Ma mère vient tout juste de partir. Elle attendait que j'aie terminé mes longueurs avant de quitter pour de bon. Elle s'inquiète toujours un peu de me savoir seule au beau milieu du lac. Maintenant qu'elle est partie, je reste sur le quai à me faire sécher sous le soleil. Une bière posée près de moi, je lis Monsieur Melville (merci Monsieur le Libraire). Je me sens pareille à un morceau de ciel chauffé à blanc, porté aux nues par le soleil de midi. Il y a un bon vent qui chasse les moustiques, un vent qui me fait somnoler et me rappelle le rythme doux des vagues. Je somnole et je rêve.

Je revois la route 70 avec ses verdures et ses montagnes empilées, avec ses fantômes. Je suis arrivée à pleine grosseur, comme dirait VLB, et pourtant je porte encore en moi des égratignures qui ressemblent à celles de l'enfance. De petites fissures illogiques, rigides, irraisonnées. Sur la route 70, j'ai dû mettre le son à plein pour ne pas laisser fondre les agrégats d'amours liquides agglomérés sous chacune de mes paupières. Ce qu'on est bête quand on a 26 ans.

Allongée sur le quai, la franchise du soleil me ramène dans ces mêmes eaux. Je n'ai d'autres choix que de demeurer dans cet état de langueur révolu et attendre que cela me quitte enfin. Des nuages s'imposent tranquillement. Je vais aller cueillir des boutons d'or, les seules fleurs que j'ai le courage de ramasser; elles sont situées à l'orée de la forêt. Les ours ne risquent donc pas de me faire la peau. Je ramasserai un immense bouquet et je rêverai du jour où je me marierai.