mercredi 13 juillet 2011

Dans la lune

Elle était absolument fabuleuse. Sa petite robe noire, ses jambes, ses maladresses, sa voix et ses chansons. Je ne compte plus les fois où j'ai versé des larmes, la gorge à ce point nouée que les paroles n'en sortaient plus. Coup de grâce : « Bloody Mother Fuckin Asshole ». Je n'en pouvais plus, heureuse qu'elle existe aussi bien devant mes yeux, juste absolument parfaite, généreuse comme une matrice qui féconderait la Terre au grand complet. Je m'emporte...

On est partis, parce que Marianne Faithfull ne nous disait rien pantoute. On est partis glander sur une terrasse vider un verre en discutant des sujets chauds, plus chauds encore qu'une canicule montréalaise : l'université et la vie. J'ai mordu ma lèvre inférieure pour ne pas laisser aller le peu de contenance que j'avais accumulé en racontant une histoire digne d'un télé-roman. Et là, la serveuse s'est mise à déconner (vraiment drôle, cette fille!); si on lui ramenait le sang des deux flots qui se battaient dans la rue un peu plus loin, elle nous concocterait un martini avec. On riait, mais rendus sur la scène en quittant la terrasse, il a bien fallu regarder un peu -- c'était sur notre chemin -- et il a bien fallu entendre les bruits de chair violentées : une tête sur l'asphalte, des mains agrippants la peau. Du coup, on riait moins. Je voulais rebrousser chemin, puis ils se sont calmés, les petits fous. Ils étaient excités. Je ne sais pas si c'est la lune ou juste le festival en soi qui les rendaient ainsi. Et en regardant cette grosse boule dans le ciel, je pensais à une réplique du film Couvre-lit à l'américaine : « Je n'aime pas la pleine lune. Elle donne des excuses à ceux qui se cherchent des prétextes pour faire de folles choses. » La lune était grosse hier. Et toute la journée d'aujourd'hui, j'ai eu cette chanson country coincée entre les deux oreilles :