mercredi 29 juin 2011

Dans la garnotte

Ça ne fait pas deux heures que je suis arrivée que les moustiques ont déjà commencé à entamer ma chair. Ils y vont avec parcimonie : une croquée par-ci, une croquée par-là. C'est suffisant pour que ça pique follement. Même la petite que je portais en kangourou a été attaquée. Les enfants ont le front cabossé de piqûres. C'est comme ça, l'été. J'avais oublié, bêtement. J'avais oublié aussi que les fraises sont bien meilleures lorsqu'elles sont chaudes et qu'elles ont poireauté toute la journée dans une caisse, dans un petit stand en bois, sur le bord de la route (juste en face de la Noyée). J'avais oublié aussi qu'il fallait freiner d'avance en voyant des auto-stoppeurs et non pas attendre à la dernière minute pour vérifier si les garçons ont l'air "gentils". J'avais oublié que grand-père parlait autant en voiture. Je me rappelais toutefois qu'il aimait la musique country et qu'il avait eu un becyque à gazoline. C'était à l'époque où il portait des bottes de cow-boy. Je ne savais pas par contre que ses trop grandes mains lui nuisaient à un point tel qu'ouvrir un sachet de biscuits secs ou un cup de lait devenait fastidieux, voire franchement long. Et je ne sais toujours pas pourquoi j'ai répondu à sa place quand la serveuse est arrivée à notre table pour lui donner la commande. Je me suis sentie honteuse ensuite parce que mon grand-père n'a pas à être infantilisé de la sorte. Après tout, il a l'âge d'avoir voyagé sur la 138 du temps qu'elle était en gravelle. Il a l'âge d'être respecté... C'est l'âge de la garnotte.