mercredi 18 mai 2011

Dans les films de fiction qui concernent la réalité


Mon mari est affairé avec ses ablutions. Je ne m'endors pas. Il se fait tard pourtant. Le chat est étendu sur le lit et réchauffe les draps. Des images de Reality Bites jouent encore dans ma tête comme si la télé était demeurée ouverte. Or, voilà, nous en sommes au générique avec la chanson cheesy de Lisa Loeb en arrière-plan. Le film? Winona Ryder, Ethan Hawke. Un baiser sans fin sur une pelouse verte. L'existentialisme de no future. Les années 90. Le sida. Le grunge. Les cheveux gras. Des formats géants de slush. Des cigarettes. Un loyer à payer. Un baiser. Trop long, ce baiser. La fiction me rend de mauvaise humeur. Me donne envie de crier au meurtre.

On marchait dans le parc tout à l'heure. Il en allait autrement : ça sentait l'été. Il s'est mis à rosiner puis à pleuvoir. Ça sentait encore plus fort : les pommiers, les lilas blancs, les pommetiers. Les promenades sous la pluie me rappellent toutes celles qui sont venues juste avant. Les autres pluies. Celles dans la forêt, la ruelle, sur les trottoirs, sous le porche, sur le quai, dans la voiture.

Les oies reviennent bien. Moi aussi. Comme les outardes et les oies, je reviendrai et le monde aura la même texture poreuse qu'avant. Le paysage est parsemé de trous. Il laisse entrer le vent. Mes cheveux en font tout autant. Ma tête en avalanche se creuse. Je plonge, et mon coeur résigné aussi, vers l'oreiller.