mercredi 4 mai 2011

Dans les élections

Lorsque je suis entrée dans l'autobus, la chauffeure m'a fixée avec des yeux de hibou. J'ai lu sur ses lèvres un bonsoir muet. Elle était coincée sur sa chaise de conducteur depuis plusieurs heures mais il semblait qu'elle soit parvenue à s'informer du résultat des élections : Conservateur/majoritaire. D'où cet air ahuri au milieu du front. J'avais encore les yeux mouillées quand j'ai posé le pied dans l'autobus. J'ai pris un siège près de la porte, à côté de la chauffeure. Elle écoutait la radio. J'ai pointé l'oreille quelques instants, le temps d'entendre le discours de Josée Vermer puis de me recroqueviller aussitôt dans la musique de Frazey Ford. Besoin de réconfort en cette ère nouvelle de désarroi. 

Aux lumières, la chauffeure s'est retournée vers moi. Elle a plongé sa face de carême dans la mienne, tout en esquissant un sourire de compassion semblable à ceux que l'on se sert dans les soirées funèbres, autour d'un cercueil fermé. 

Je ne sais pas pour qui elle a voté, elle ne sait pas non plus ce que j'ai coché rendue dans l'isoloire, mais on partageait le même visage déconfit. Je lui ai renvoyé son sourire et en descendant de l'autobus, je lui ai souhaité une bonne fin de soirée. Pour le peu que cela signifiait... J'ai fait le reste du chemin à pied, les yeux fermés. Je n'avais qu'une seule envie : dormir et rêver à mieux. À demain.