mardi 17 mai 2011

Dans le tendre

Je profite du temps qui n'avance presque pas. Il pointe le pied vers l'avant et se retient sur la cime des orteils. Il refuse de s'élancer. Comme le pinot gris qui s'agite et tournoie au fond du verre et laisse des traînées d'ambre derrière lui. Le temps pivote sur lui-même. Nous avons marché sur le bord du canal, mangé de la soupe et fini nos verres. Il pourrait pleuvoir, neiger ou faire les deux à la fois que je ne sentirais pas la différence. Le vin m'emporte dans un nuage de lilas fleuris, de pommiers blancs. Je ne connais pas la couleur des jours à venir. Le travail s'apprivoise par petits grains. Je réfléchis lentement : fragments, lyrisme, intime, tragique. Je me suspends à ces quelques mots, la tête ouverte, les paumes tournées vers le ciel. Les idées décantent comme le vin au fond du verre. C'est fou comme je me fous de tout. Et c'est tant mieux, parce que tout le monde s'en fout aussi même si tout le monde se souvient. La mémoire ne suffit pas. L'absence est toujours aussi absente. Elle a tort. For sure.