mardi 10 mai 2011

Dans le contentement

Toujours sa voix rauque indienne parle à l'orifice des corps. Réticence, fragile dans son western, l'existence allergène lui fait l'amour une dernière fois.
(Josée Yvon)

Tu étais beau et j'étais belle
La vie aurait pu s'arrêter là
C'était hier
(Pauline Julien)

Je devrais m'en aller maintenant, mais je reste encore un peu. Je profite des instants de satisfaction. Le travail s'accomplit avec le sourire des jours pleins. J'avance. J'envoie 812 courriels par jour. Je lis, avec de l'émotion plein le cerveau reptilien -- le siège de toutes nos sauvages impulsions -- de voir s'entrelacer avec harmonie les oeuvres de mon corpus de thèse. L'harmonie est dans l'oeil de celle qui regarde car, en soi, ces textes ne concordent pas parfaitement entre eux. D'où l'intérêt immense de travailler sur eux. Je commence à avoir faim. Plus de bâtons de sésame à se mettre sous la dent. Cela m'indique la porte. C'est l'heure de rentrer. De marcher dans les rues qui, bien que nous soyons en mai, ressemblent à l'automne. Des feuilles rousses flottent dans le vent. Je serre mes mains au fond des poches de mon veston. Me reviens constamment en tête l'histoire de cette dame rencontrée samedi dernier ; sa mère, trop pieuse, a refusé de se faire soigner par un médecin. La gangrène a mangé son pied et, par un beau matin ensoleillé, le membre putréfié est tombé sur le plancher de la cuisine. J'ai envie de vomir seulement qu'à y penser. Je ne peux pas concevoir que des événements aussi sordides puissent arriver dans la réalité. Ma sensibilité refuse tout bonnement. Je l'ai nourrie à coup de fleurs et de sacres polis. Ce pourquoi je peine aujourd'hui à lire Josée Yvon. Je m'habituerai à la longue. Pour le moment, elle me fait encore très peur. Comme le récit d'un pied putride de cette folle de Dieu.