samedi 28 mai 2011

Dans la verdure en bordure de chemin



Je ne pouvais m’en empêcher : bref tour d’horizon, je me suis penchée et j’ai recourbé la tige verte jusqu’à ce qu’elle produise un crac presque inaudible. Un crac que seule la main entend sourdre au creux de sa paume. J’ai déposé la fleur entre les pages du Libraire pour la protéger de la pluie qui venait tout juste de commencer à tomber à grosses gouttes. Bientôt, il y aura du muguet en bordure de chemin. Les feuilles vertes en forme de cornet annoncent sa venue prochaine.

En rentrant chez moi, j’ai déposé mon petit crime fleuri dans un verre et j’ai lancé la pièce « You and me » de Penny & The Quarters. Elle joue en boucle depuis que j’ai vu My Blue Valentine, un film sur la fin amoureuse, sur l’évanouissement des passions. Ça ne se termine pas mal, ça se termine tout court. C’est frette. C’est vrai que c’est frette quand ça arrive pour vrai.
L’être aimé résonnait comme un vacarme, le voici tout à coup mat (l’autre ne disparaît jamais quand et comme on s’y attend). Ce phénomène résulte d’une contrainte du discours amoureux : je ne puis moi-même […] construire jusqu’au bout mon histoire d’amour : je n’en suis le poète que pour le commencement; la fin de cette histoire, tout comme ma propre mort, appartient aux autres; à eux d’en écrire le roman, récit extérieur, mythique. (Fragments d’un discours amoureux, Barthes : 117)
Je danse un peu, nus pieds, les cheveux mouillés. Puis je m’arrête, interpellée par la correspondance de Josée Yvon éparpillée sur ma table de cuisine. Le document est arrivé par la poste hier. Même si je suis revenue tard dans la nuit, je n’ai pu m’empêcher de passer au travers avant d’aller dormir. La première lettre que j’ai lue m’a fait monter les larmes aux yeux. Une lettre d’amour adressée à un certain Raymond alors que la belle Josée se lovait contre les montagnes de Charlevoix, aux Éboulements. Il est loin, elle s’ennuie. Un classique. Vient ensuite l’histoire d’amour avec Denis Vanier. Je ne pensais pas la lire dans un tel état de tendre soumission. Elle appelle son amant son « petit minou », elle ne veut/peut vivre loin de lui. Elle qui est si violente et virulente dans ses écrits publics. Elle qui se dit phallocrate et féministe radicale. Je sais bien qu’on peut être à la fois aimante et féministe. Mais aussi dépendante…Elle dit des choses comme : « Je suis démunie loin de toi. […] Tu m’as donné la vie. » Voilà tout l’intérêt de lire et d’étudier les écrits personnels. Ce manque-là de l’autre n’apparaissait jusque-là nulle part ailleurs.