dimanche 29 mai 2011

Dans la porte-couleur


La correspondance de Josée Yvon est toujours sur ma table de cuisine. Elle n'a pas bougé d'un huit. Je ne sais pas du tout ce que j'en ferai. Il en manque des grands bouts. Que peut-on dire de ce genre de document monstrueusement parcellaire. Je laisse mijoter. Y a pas le feu. Je retourne à l'immédiat. / Dans la langue, la pénombre m'attire. / [...] Vous ne vendrez pas votre âme, / Vous vous le dites, devant la porte haute. (Le déchiffrement du monde, Claude Beausoleil : 27) Prendre son temps est un luxe douloureux, un supplice pour les impatientes comme moi. Pourtant, il le faut bien. Les précipitations sont faites pour tomber du ciel. Je décide de sortir, d'aller humer le pollen mouillé que transporte le vent chaud. Je serre ma main sur la poignée de mon parapluie. J'observe les portes qui m'entourent, des portes qui ne s'ouvrent pas, derrière lesquelles il existe des mondes qui m'indiffèrent. Tout ce qui m'intéressent pour l'instant ce sont les formes et les couleurs. Je suis restée au stade des sensations primaires. Matérialisme : « Le matérialisme considère que la matière construit toute réalité. Il s'oppose à tout courant pour lequel une transcendance domine la matière. » (Wiki)

L'ermitage est en cours. L'interrompre maintenant serait une bousculade de trop.

Dans mon ventre
des récits de peur en marche
Une cigarette de cow-boy au coin de la bouche
Une ecchymose qui alanguit la voix et la peau en cache
près de l'oreille

Dans les forêts mouillées
Je m'enferme sous mon parapluie
sans interruption

Dans le coeur strié d'os
un ennui
une joie de femme soumise