dimanche 6 mars 2011

Dans un livre de Garcia Marquez (archive personnelle)

En l'espace d'une seconde elle eut la révélation de la magnitude de sa propre erreur et se demanda atterrée comment elle avait pu réchauffer pendant si longtemps et avec tant de sacrifices une telle chimère dans son cœur. 
(L'amour au temps du choléra : 147)

Tout est à recommencer autrement. Encore.

Je suis étendue sur mon lit couvert de papier de toilette froissé, un livre à la main. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu envie de lire une histoire. Avec du monde dedans. Des personnages avec des motivations. Une texture épaisse. Des détails. J'ai passé en revue ma bibliothèque. Ma main s'est arrêtée sur L'amour au temps du choléra, entamé il y a deux ans, jamais achevé. À toutes les pages, je prends une gorgée d'eau, je détache quelques carrés de papier de toilette pour essuyer mon nez. Un temps de cul qui invite à ne pas traîner en chemin, à rentrer à toute vitesse pour se terrer dans le tipi, ce temps-là m'a fait oublier d'acheter des mouchoirs. Ça et Bob Dylan : « I'm Not There », une pièce dont le titre, jadis, n'évoquait rien d'autre qu'un film (et quel film!). Mais voilà que la musique est entrée en moi par une petite porte dissimulée sous mes cheveux. Une lueur aussi brève et aussi peu sûre qu'une allumette. J'en ai oublié le reste.
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Quoique petite, cette porte a déjà souvent laissé se faufiler des idées démesurément grandes -- plus grandes que moi. Des paroles effrayantes composées de quelques mots à peine y ont vu une affaire en or. Elles y ont décelé un accès privilégié, sans vigie et en ont profité pour faire pénétrer le pire et le meilleur. Tous deux s'abreuvent aux mêmes eaux pâles, nous pénètrent tantôt par vagues ravageuses, tantôt par petites lampées. C'est comme L'amour au temps du choléra... comme le titre, je veux dire. Le beau et le laid.
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La neige du mois de mars me rassure sur la fixité des jours. Peut-être que le printemps ne reviendra pas... peut-être. Il faut faire attention à ce que l'on souhaite. Des plans pour être exaucée, comme dirait ma mère.