lundi 14 mars 2011

Dans les mitaines

Je me promène en mettant mes X. Je serre les doigts au fond de mes mitaines et je les tiens serrés ensemble, tout croches. J'ai la chienne. Juste à y penser, à ces terribles trottoirs encombrés, un frétillement me monte dans la gorge, s'y suspend et redescend pour mieux remonter encore. Puis je me convaincs du contraire : des ondes souples recouvrent mon œsophage et se dissipent comme le beurre chaud qui s'immisce dans les auréoles vides du pain grillé. Mais entre ces deux états improbables, c'est toujours moi qui se tient, alerte, incrédule, fatiguée. Une bête traquée.

Le ciel s'endort sur le fleuve noir. L'heure n'est plus aux confidences. Le fleuve a refermé sa gueule de fauve. Il ne veut plus rien entendre. Son chiffre est fini. Les glaces l'ont achevé. J'attends sur le bord du comptoir. Mes omoplates se dressent sous la dentelle noire. Tes yeux clairs ne voient rien. Tu es aveugle et sourd. Je n'ai pas la patience de te montrer le chemin, à peine ai-je le courage des tentatives solubles, dissoutes dans mes cheveux en mouvement. La galanterie est partie en courant à ton réveil. Ciao ciao, bambino.