vendredi 4 mars 2011

Dans le cabinet du dentiste

Étendue dans mon tipi, je ne fais rien. J'écoute les bruits du dehors. Sur les toitures des maisons environnantes, des hommes (je n'ai jamais vu de filles faire ce genre de boulot) enlèvent la neige qui s'y est accumulée. Attachés à des cordes, un harnais à la taille, un casque sur la tête, une pelle à la main, ils marchent prudemment sur les toits. Il y en a qui chante en travaillant. D'autres reluquent les filles au sol. Belle vue! Dès qu'un passant arrive près de la zone dangereuse où tombe la neige et la glace, leur helper en bas crie à tue-tête : « Ta peu, y a quelqu'un. » D'autres utilisent un sifflet strident qui transperce les tympans. C'est donc un amalgame de «Ta peu» et de sifflements qui se rendent jusqu'à moi, affalée dans mon tipi.
La nostalgie entreprend le chemin inverse de la neige qui chute des toits. Elle remonte tranquillement la pente de mon œsophage, atterrie sur ma langue. Scène de dentiste. Dans ma bouche, tout un arrimage d'instruments de métal. Le dentiste galère pour me plomber une molaire. Il y a du Francis Cabrel à la radio. Une merde de chanson. Un gant de plastique effleure ma lèvre.  Un choc : l'intimité est aux aguets. Elle surgit partout.
Deux stimulis hautement banals, quand on y pense, mais tout de même accompagnés d'un effet de réel puissant. Une seconde seulement que ça dure. Et puis, la nostalgie disparaît. Elle ne fait aucun bruit en partant. Éphémère comme le lilas au mois de mai.

Là, dans le tipi, je cherche un souvenir... une odeur, quelque chose, bordel! mais rien ne vient. L'ardoise est noire. Tout est à recommencer. Autrement.