dimanche 13 mars 2011

Dans le jardin

Je lisais un peu plus tôt un texte à propos de la poésie signé par Vincent Charles Lambert dans la revue Exit et il m'est apparu évident que la poésie, pour beaucoup d'entre nous, parle de sagesse, d'absolu, de transcendance. Et ce, même si on rejette avec vigueur l'idée de perfection, de providence, adhérant plutôt au chaos, concept assez "in" en cette heure de désenchantement hypermoderne. Qu'à cela ne tienne, je crois à la poésie comme on croit, à l'aube, que la journée sera bonne, affairé en silence autour du grille-pain chaud.

J'achève ma lecture de L'amour au temps du choléra. Je me retiens à deux mains pour ne pas dévorer le peu de pages qu'il me reste avant d'atteindre la fin. Parce qu'après ce sera quoi? Quel temps fera-t-il pour l'amour? Les livres m'apprennent à vivre autrement depuis trop longtemps déjà pour ne pas que j'écoute leurs leçons. Avec Marquez, je me suis familiarisée avec la matière organique. J'ai plongé mes mains dans la terre noire pour en dégager un parfum sombre. Effluves de thé. Marquez détaille les amours horticoles et plante dans la mémoire de ses personnages des champs de marguerites. J'opte pour des buissons de pivoines à piquer dans le ventre des champs stériles. J'ai, au fil des années, aménagé quelques rangs de trèfles qui poussent comme du chiendent. J'ai aussi conservé un large carré pour des boutons d'or. Les pivoines s'aligneront  bientôt tout près. Ainsi disposé, mon jardin fera se côtoyer de jolies fleurs des champs à la cuisse légère et des spécimens raffinés qui datent de l'époque de Sophocle. L'esprit pourra se reposer dans le jardin.