jeudi 10 mars 2011

Dans la fausse mort (ou échapper au méchant loup)

Mêlée comme un jeu de cartes, perdue dans malle, c'est du pareil au même : la solution me semble perdue d'avance, échouée sur une baleine partie en migration. La solution ne se résout pas : l'équation est impossible, reposant sur des données qui n'existent pas. C'est tout. Belle conclusion pour un billet qui commence à peine. Je ne suis pas parvenue à une autre clausule, même en y réfléchissant bien.

De toute façon, je crois qu'en général, je ne réfléchis pas bien. Je procède par temps perdu, entre deux tâches ou en plein dans l'action. Tantôt, par exemple, je réfléchissais à cette lutte infinie entre hier et demain. Mais je n'étais pas suffisamment concentrée : il y avait les sapins implorant qu'on les secoue un peu et qu'on les décharge de toute cette mauvaise vie qui s'abat lourdement sur eux; il y avait cette crainte de voir surgir un loup aux yeux phosphorescents -- complètement seule, terrée dans le fond du fond de la forêt, pas un chat à l'horizon, je me suis dit que si jamais il y en avait un, je ferais la morte (en sachant que j'offrirais une scène peu vraisemblable avec mon air de fausse morte en habit de neige, debout sur des skis); il y avait la sueur qui faisait embuer mes lunettes; il y avait cet immense pin gris à enlacer et sur l'écorce duquel j'ai posé ma joue rouge et chaude. Puis après, il y a eu la voiture, un non-lieu par où arrivent mes plus grandes euphories. Tout au long de ces petits instants, j'ai réfléchi. Et je n'en suis pas sortie résolue. Pas même un peu. Je ne réfléchis pas bien, je crois.

En rentrant à la maison, ma mère parlait au téléphone dans la cuisine. Elle fixait la fenêtre. Dehors, il neigeait une neige si fine qu'on se serait cru en été lorsqu'il rosine. Après avoir retiré mes vêtements mouillés et les avoir accrochés à côté du frigidaire, je me suis piquée devant la fenêtre, j'ai plissé les yeux et j'ai regardé longtemps pour finalement parvenir à attraper un flocon, un seul, coincé entre deux battements de cil. C'est comme ça qu'il faut réfléchir peut-être : en plissant le front, sourcils froncés, le visage suspendu dans l'attente, espérant capturer un point de lumière en plein vol.