jeudi 24 février 2011

Dans le silence

C'est fou comme je n'ai rien à dire. Une parole asséchée. Probablement qu'il y a du Marie Uguay derrière cela, elle, pour qui la maladie et la mort n'inspiraient que le silence. Elle avait peur de mourir. Moi je n'ai peur de rien en ce moment. Je m'acclimate doucement à la succession lente des heures, mécanisme parfaitement huilé qui ne requiert d'aucune manière mon intervention, ni même mes envies ou mes craintes. Les heures se déplacent avec ou sans moi dedans. Le rien perdure. Marie Uguay n'écrivait  pas dans la peur, seulement dans le désir, galvanisée par celui qui la tenait brutalement en haleine -- Paul/le poème. 

Or, contrairement à elle, mon existence n'est pas menacée. Le silence pourtant demeure assourdissant.  Il signifie une sorte de paix, j'imagine, alors que je devrais me sentir coupable d'avoir volontairement placé une jolie bombe, ronde et chaude, dans le paysage. Je n'ai pas entendu l'explosion mais je peux  me la rejouer tout de même  dans ma tête ; il y a d'abord eu un bref soupir puis un grondement long, épuisé qui a secoué la terre jusque dans ses strates les plus profondes. 

J'ai imaginé chacun de ces bruits. Je les ai recueillis et les ai placés dans un bocal. Il laisse échapper, si l'on entrouvre son couvercle, un cri glauque, terreux. Quelque chose d'organique sans bouche : du lichen, des algues visqueuses. Après la secousse, j'ai fumé longtemps. Comme pour ravaler ce cri. J'ai eu des regrets. Maintenant, ils s'en sont allés. Je me retrouve seule, assise près d'une fenêtre, dans ce grand silence qui me façonne. Je suis bien. La paix me semble étroite, splendide.