samedi 5 février 2011

Dans le mur

C’est tard que j’ai compris qu’il fallait faire des choses pour vivre comme du monde. Je m’en étais toujours doutée. Il aurait fallu être complètement déconnectée pour ne pas s’en rendre compte. Jusqu’à l’âge de 17 ans, j’avais privilégié l'expérimentation minimale. Je me contentais de petites histoires. Quoique petites, elles créaient de larges remous. Bien suffisant selon moi. Je ne chérissais pas d’envies singulières ni de passions débordantes pour l’aventure. Je dessinais. Je représentais le dehors, ce que mes yeux atteignaient et le versais sur le papier avec mes crayons feutres. Avec les plus gros au début, puis avec ceux à la pointe fine, mon œil et ma main s’accordant graduellement l’un à l’autre. Il en allait ainsi, guère davantage. J’abordais le réel sous un seul mode : l’introspection. Le regard plongé par en dedans.

À 17 ans, j’ai émergé de cette enclave tapissée de dessins, saturée d’images de moi.

J’étais alors en train de peindre. Debout sur un tabouret, j’appliquais des bleus, des gris et du blanc. J’ai pris une pause, suis descendue du tabouret. J’ai examiné à distance le résultat: un pan de mur au complet transformé en océan. Je me suis dit : « Il faudrait bien commencer à vivre. » J’ai eu une idée : partir. Comme si la vie ne pouvait être entamée de l'intérieur. Je devais sortir.

Destination : El Silencio.

Je suis revenue quelques semaines plus tard avec en tête la certitude que je devais vivre d’abord ici et pas ailleurs, vivre du côté des choses vivantes. Chez moi. Encore aujourd’hui, il s’agit d’un effort. Vivre les yeux tournés dehors ne me vient pas naturellement. Des fois, c'est trop. Trop beau. Trop vif.

La vie me tue. Je sais, c'est normal.