mercredi 23 février 2011

Dans le carnet 44 (feuilles jaunes)

Je ne me lasse jamais d'écouter les autres discuter de poésie («  Le poète crée l'unité. »). On est tous là, autour d'une table rectangulaire, et on patiente sur nos chaises. Ce n'est pas le temps de sortir : la discussion se passe de ce côté-ci de la porte. Ma tête se met à onduler. Je perds le fil. Construction et déconstruction. Ce sont les mots de la voyante. Prévisions 2011 : « Construction-déconstruction sans cesse. C'est dur mais c'est sain. Tu verras. » Ouais, ouais, que j'avais répondu. Je n'avais pas envie de vivre autant de tourments, les uns à la suite des autres. Là, j'y suis rendue et je ne mange pas trop mes bas. Je les ai provoqués, les tourments. J'ai mis un trente-sous dans le juke-box et la musique est partie pour une petite tournée. Les choses arrivent. Une à une. Se posent. Délicates et brutales à la fois. J'ai l'impression d'être intimement liée au passé et de m'y sentir bien comme dans une matrice chaude. Or, voilà que la matrice est impossible. Demain aussi m'habite. Au fond de moi repose des souches de fruit qui espèrent naître ardemment.

Comment s'en remettre aux mains bienfaisantes des autres et profiter du balancement léger des heures, des paupières et des baisers hésitants?

J'ai le sentiment profond et affolant d'avoir perdu à jamais la poésie.