jeudi 27 janvier 2011

Dans les gestes lents

Les heures s'achèvent rapidement. Que dire des semaines. Je m'astreint à la lenteur pour m'opposer à ma propre agitation, à cet affolement qui me consumme. Chaque geste en devient plus sensuel, on dirait. Je prends le temps de déposer chaque verre de contact dans son étui, de les secouer un peu, de les reluquer au fond de l'étui. Je m'attarde à la transparence bleutée.  Un peu trop longtemps, tu me dirais. Mais cela me fait du bien. Ça ronronne dans ma poitrine. Comme lorsque je reste figée dans tes yeux. Tu le sais. Tu trouves d'ailleurs que j'y reste trop longtemps

Mais grâce à ces vertiges lents, de vastes territoires naissent de nos mains. Les doigts s'allongent et éprouvent le monde comme jamais auparavant. Le bras entre dans l'eau et glisse. Je ne pense plus seulement au mouvement qui procède à l'attaque mais aussi à celui qui revient vers l'arrière dans le contrecoup de l'immersion première. Il en va de la nage comme des séductions coutumières. On observe les gens à l'oblique. On tente un geste, celui qui espère l'immersion, le contact au-delà des peaux et des souffles; côte à côte, je pourrais poser ma joue contre ton épaule mais je préfère m'abstenir. Gestuelle sans éclat. Je caresse plutôt ton bras par derrière,  juste au-dessus du coude. Je passe près de ton flanc. Je respire à peine. Soudainement, ma poitrine se gonfle. Je n'y arrivais plus toute seule, à ce rythme lent du cœur qui prend la mesure de son temps.

Je me sais reconnaissante.

Il en va de la nage comme des séductions coutumières.