mercredi 1 décembre 2010

Dans mon âme

« Le journal intime, c'est la personne à l'état de conflit. [...] Il résulte d'un vœu d'approfondissement et de cohérence dans le consentement de soi à soi, comme c'était le cas déjà dans les journaux religieux et piétistes. » (Alain Girard, Le journal intime, p. 321)

Je suis une sémioticienne de l'infra-monde ordinaire. Il faut que je l'écrive en grosses lettres dans mon CV, me dit-on. À quoi ça sert, ce type de compétence? En réalité, à peu de choses... à part se faire des accroires et à part emprunter des avenues inutiles. Pas tellement inutiles, non... Ça sert à quelque chose.  Il y a une finalité à tout ça, quoique parfois déceptive. Mais là, c'est un risque à prendre. Dans le sens que si mettons, je m'étais fiée à ce sixième sens sémioticien, j'aurais lu un signe magistral dans le fait qu'on se soit rencontré sous la statue de Michelle Lalonde, qu'on soit entrer dans le même ascenseur, qu'on mange de l'humus à la même heure à chaque matin, qu'on dise en même temps «J'ai la falle basse», qu'on se batte avec la conscience de soi et les heures longues. Je pourrais voir des signes comme ça partout. Avec toi, toi et toi comme avec les autres. Partout. Tout le temps. Une obsession à la Gombrowicz.

Mais des signes qui révèlent quoi?  
Ici, lire : perte d'existence, désabusement, absence de signification, désillusion, refus de la Vérité... blabla. Cynisme? Non.

Que je suis superstitieuse certes. Et que j'aime ça en titi. Une sorte de Saint-Augustin de la surmodernité. Qui connaît le fond secret de mon âme, de mon être abrupt et soluble? Moi-même je ne m'aventurerais pas dans une telle entreprise. Il fait noir là-dedans.