mardi 7 décembre 2010

Dans l'insatisfaction


J'ai reçu mon diplôme ce matin. Le monsieur de la poste m'a lancé une sorte de phrase sympathique : « Il va falloir l'encadrer asteure! » Hum... oui, c'est ce qu'on fait je pense, que j'ai répondu sans aucune conviction. Je m'en fouts un peu... je dois dire. La satiété, elle arrive à quelle heure? Quand peut-on véritablement dire : ok, c'est assez, voilà, j'ai tout donné, merci bonsoir. Ce n'est jamais suffisant. Comme Ciné-Cadeau. Comme les frites. Comme le thé le matin. Comme la natation.

Je dirais aussi que c'est un peu comme la solitude, une des seules convictions profondes que je possède (comme je ne les ai jamais comptées, je postule pour être plus précise que j'en ai plus d'une... mais ce n'est là qu'une hypothèse bien entendu). Il y a des jours, ça peut être lourd, d'autres, cela apparaît tel une évidence clinquante bruyante tonitruante. Il en va ainsi. La solitude, ce n'est pas une posture, c'est une propriété génétique comme les yeux verts ou le nez retroussé. Ça dépasse le bon vouloir. Non, ce n'est pas triste. Pas tellement. C'est comme la mort. Elle est là : au bout, partout autour. Et puis après? Rien. Rien pantoute.

C'est d'ailleurs le souvenir le plus précis que j'ai de mon enfance : me sentir seule. En dépit de tout : des amis, des frères et soeurs, des parents, des grands-parents, des chats, des chiens, des poissons rouges. En dépit de tout. Même chose aujourd'hui. Récemment, j'avais mis le doigt sur quelque chose de satisfaisant... Un peu satisfaisant parce qu'en réalité, on ne perd jamais sa solitude. Elle est juste moins folle à gérer.

Puis, par une nuit sobre et édentée, cela a disparu - Cela ferait un joli prénom je trouve (pas autant que Solange ou Adrien, je le conçois bien mais quand même... : Cela, pourquoi as-tu fait cela, cela ne se fait pas, tu sais, Cela). L'enfance m'a demandé d'ailleurs, sans comprendre que dalle à la situation : « Tu l'as perdu? »

- Oui. Je l'ai perdu si on veut.
- Comment?

Si je le savais, je pourrais te répondre peut-être... je pourrais te répondre sans dire des niaiseries, je veux dire... :

- Je marchais sur le trottoire et puis je me suis détournée/dévirée et il n'était plus là. Pouf! Disparu!

Je sais bien que ce n'est pas le genre de choses que l'on perd... mais moi, oui, je l'ai perdu (comme la fille dans le film Hot Shots/Les Pilotes en l'air qui égare son point de beauté au-dessus de la lèvre). Et même si je connais le chemin par coeur qui me relit à cette "chose", si tant est qu'il s'agisse d'une chose, je ne peux rien faire pour l'atteindre, car manifestement... il n'y a plus de chemin. (J. Brault)

(hum... c'était sensé être un billet funny... je me suis gourrée je pense)