jeudi 30 décembre 2010

Dans les autres



Oups... les dates.
Les maisons sont toujours aussi longues. Les jours, quant à eux, sont toujours aussi courts. Même bien tassées, les tâches ne parviennent pas à entrer dans les heures. Cela donne un quotidien assez dense, un peu jouflu. Je trouve du temps pour tout cependant, pour tout un chacun. Je me consacre plus intensément à Patti Smith. J'achève Just Kids, le livre qu'elle a écrit sur les premières années de sa carrière, et cela m'attriste. Je l'ai lu par petites lampées pour ne pas épuiser les pages. Ç'aurait été terrible sinon. L'amitié, entre Patti et moi, se serait consummée. Là, au contraire, nous avons appris à nous connaître par couches profondes. Elle m'a confié avoir partagé la vie d'un cow-boy qui les aimait deux à la fois :
J'ai rencontré sa femme, Olan, une jeune actrice talentueuse. Je n'ai jamais compté qu'il la quitte, et nous nous sommes tous rompus à un rythme de coexistence tacite. [...] Avant de quitter New York pour Nova Scotia, Sam m'a glissé une enveloppe avec un peu d'argent. Pour que je puisse prendre soin de moi. Il m'a regardée, mon cow-boy, avec ses manières d'Indien. (p. 223)
C'est fou parfois ce que l'on trouve dans les livres. Souvent, c'est moi-même (nombrilisme? manque de recul? jeunesse imbue d'elle-même?) que j'y reconnais bien qu'à prime abord, aucun indice n'annonçait une telle "rencontre". À d'autres moments, je constate que, sans m'en rendre compte, je repique des scènes empruntées au cinéma. Expérience récente : je regarde les Quatre filles du Docteur March (juste après avoir visionné Always avec Holy Hunter et Richard Dreyfus) pour la seizième fois et les déjà-vus s'enchaînent les un après les autres. Je m'aperçois que plusieurs répliques du film ont traversé ma propre bouche, sans compter la scène de la poire que j'ai rejouée maintes fois. Et que dire de ce fameux "Tu n'existes plus" que Joe lance...

D'où l'on peut conclure que je possède les mêmes propriétés que l'éponge. Le monde est une osmose perpétuelle. Je m'y perds un peu parfois. Forcément. Ce que je préfère ce sont les paysages. Plus sûr, selon moi. Le ciel, les champs clôturés qu'on dirait balafrés de bord en bord, les feuilles de thé (du Labrador) piquées dans la neige. Les paysages font accéder à des osmoses sécuritaires et grandioses. Dieu existe, que je crie souvent dans ma tête sans m'attarder ni aux interrogations, ni aux doutes, ni même aux réponses. Pas d'autres choix que de s'affairer dans des gouffres d'espérance.