samedi 11 décembre 2010

Dans le confessionnal... il n'y a plus personne

J'encourage le vice, je provoque des guerres. Je dirige le monde et Dieu me laisse faire ! 
(J. Gréco, «L'éternel féminin»)
La confesse n'existe plus exactement. Elle s'est déplacée, je crois, vers les récits intimes que l'on dépose dans le creux des thorax, qu'on laisse décanter paisiblement dans les chaumières amicales, accueillantes. L'indicible, lui, demeure. Il ressemble à une brèche. Nobles et rassurantes, on entre  dans les brèches de biais, en léchant son corps contre la parois des murs. Il y réside une matière euphorique, dans l'indicible, semblable à celle que je trouve dans les oranges. Les problèmes éthiques de toutes natures me démangent violemment. Je dois me mordre les joues, me retenir. Ne l'oublions pas : je ne suis pas Juliette Gréco, ni sa version rock, Patti Smith (je lis un article sur elle justement et je profite en même temps de la chaleur de la cuisinière pendant que les tomates réduisent délicatement). Je ne suis pas poète au décadent Chelsea Hotel en 1968. Il faut parfois me rappeler que le romanesque est bien où il est : dans les livres, les chansons, les films. Pas question de rien briser. Parce que dans la vraie vie, celle qui fait mal, le cours des choses suffit amplement.
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Pour pallier à l'absence de la confesse, je jette mon dévolu sur la chaire exquise des fruits et sur mon entourage. Dans leurs oreilles, je fais danser des petites choses laides, inavouables, mesquines, pornographiques. De petites choses laides que je n'oserais pas même écrire. Je préfère tourner autour du pot, laisser mijoter. Ma pudeur n'a d'égal que le plaisir de m'imaginer impudique. Je ne serai jamais franche à l'écrit. Les problèmes d'éthique, je les collectionne mais je parviens à les résoudre facilement.  Mais la tentation! Pire que tous les supplices. Un gouffre aussi séduisant qu'un tueur en série (les séductions sont mortelles).
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Ces jours-ci, une lumière seule, engouffrée derrière une fenêtre, une lumière seule qui rôtie en silence à 3 heure du matin, représente à mes yeux une invitation. À entrer dans la brèche. À briser les règles. Pas celles de la morale. Non. Celles que l'orgueil me dicte. Avoir un tel tyran, domestiqué, pliable, portatif, est probablement plus insupportable que d'aller à la confesse une fois par semaine.