mercredi 24 novembre 2010

Dans une chanson de Martine St-Clair

Si je ne disais rien, je ne pourrais faire de promesse, je ne formulerais pas de sombres évidences comme de dire « Je t'aime ». L'absence de langage nous empêcherait d'envoyer chier nos anciens amants, de sacrer à tous vents contre les plaques de glace. N'empêche, j'aime ça parler. Écrire aussi. Je suis mal barrée, quoique ces temps-ci, je ne suis pas capable de ressentir le plaisir de l'écriture. J'ai le même désir qu'une feuille lignée : nul nul nul. J'aimerais ça écrire des chansons, mais diantre! je ne suis pas musicienne pour deux cennes. J'ai eu un Casio, petite, et ça s'est arrêté là. Ah oui, j'ai eu une putain de flûte aussi. Ça s'accorde pas, cette petite shit en plastique, han? Enfin... j'aimerais écrire des chansons parce que c'est court, parce que c'est beau et que c'est fait pour être chanté, parce que ça fait du bien de chanter, ça masse les organes internes... me semble. Parce que je m'ennuie aussi. Parce que j'oublie tellement de choses que je ne pensais jamais oublier, persuadée que ces choses étaient les 8è merveilles du monde et que c'étaient les plus belles choses jamais vécues par mon petit corps ever. J'aimerais écrire des chansons d'amour de marde pour faire semblant que je vis de tels émois alors qu'il n'en ait rien et que le jour où cela me reprendra n'est pas encore né dans ma tête. J'aimerais être Cat Power et m'assoir au piano et chanter comme un minou blessé à l'œil et au foie qui saigne et qui rugit. J'aimerais ça ne pas penser à Martine St-Clair à tout bout de champ : «Tu sais depuis que t'es parti, je sais plus comment je m'a-ppelle»... J'aimerais ça ne pas penser à ÇA parce que ce n'est pas vrai. Je m'en rappelle de comment je m'appelle... mais je ne me rappelle pas de l'odeur de ton épaule. Et j'ai peur. Je sais, on oublie.