mercredi 10 novembre 2010

Dans mon lit, tapis sapiné


À chaque levée du corps, il faut que je me le rentre dans la tête avec un piolet : l'absence, la fin, l'absence... la fin. Puis, l'eau, sous le tipi, se met à bouillir.  Fumée grise. Je me verse à boire un thé bien serré qui saisi la mâchoire. Je me souviens alors que j'existe exactement  en tant que moi depuis trop longtemps déjà. Plus tard, j'irai m'enfoncer du Elton John jusque dans le sang, jusqu'à ce que revienne la gare, des images de larmes en forme de trottoir, de ville austère qui se crisse de moi comme de l'an 40, des images d'absence et d'attente inutile.

Tu ne viendras jamais me chercher. Tu y as pensé pourtant. Tu ne fais plus rien de toute façon.

Les montagnes se sont empilées et je suis partie, quittant la gare, l'absence. La fin, elle, me suivit et me talonne encore, plusieurs jours après. La fin sera toujours.

Ma violence est sereine. J'aimerais qu'elle signifie les pêches, les portes de grange, le fleuve, les boutons de bois, le sapin sous la dent. J'ai changé de lieu pour changer justement. Pour éviter d'être reconnue, pour qu'on ne me croit plus. Je n'existe pas au fond. Mon unique lien avec le monde : mon sourire empallé par un passé lumineux, plus vaste que moi. Une chance, le passé nous retient.