lundi 22 novembre 2010

Dans mes paupières de fièvre, dans mes amours perdus

Le sublime ne surgissait pas seulement la nuit. Il intervenait dès le matin au moment où il mettait l'eau à chauffer pour le thé. Puis venait la douche et le pain à griller. Il en était toujours ainsi. Cela prenait sens d'abord dans tes yeux d'autobus, acharnés et grands. À peine deux secondes séparaient mes paupières des tiennes. Le temps de dire «Approche un peu» et c'était déjà un matin d'enchantement, partagé en silence dans une fièvre secondaire. Ta peau d'ours sur la mienne, ton front, tes tempes, tes boucles grisonnantes. Mes doigts parcourant sans cesse le sable chaud sur tes joues, ignorant la fin, les autres, les mensonges.

J'entends «le statut de l'oubli» et ça sonne comme toi, comme ton nom, soudainement, au milieu d'une conférence, tu surgis comme un con, comme tu es : triste et con.  En trois jours, je suis passée du rouge vicié au rose. J'ai un camaïeu dans ma poitrine. Ensevelissement de couleurs. Le cercle chromatique, celui de Newton, contient d'ailleurs sept couleurs pour symboliser les sept jours de la Création, de même que pour créer une symétrie parfaite avec les notes de musique. Une sorte de synesthésie à la Baudelaire.

Newton avait laissé tomber le magenta pour arriver à cette harmonie, un tour de force pour celui qui peint. Je ne pourrai jamais laisser aller le rouge vicié qui tache ma gorge, trace de ma souffrance passée qu'il m'est impossible d'oublier. Plus tard, je découperai ce cerne écarlate et m'en ferai un collier que je conserverai en secret sous mes vêtements, un bijou que personne ne peut voir, un bijou qui a la  taille exacte de ta chanson « Gina Presley ».  

Mes vingt-quatre printemps sur tes trente-sept hivers. Ton rock'n roll suicide. T'aurais jamais pensé qu'un jour tu ferais du country...

J'aurais jamais pensé que j'aimerais autant... le lilas frisé, les chars, les cigarettes roulées, PJ Harvey.