vendredi 26 novembre 2010

Dans l'imaginaire de Pocahontas

 
L'imaginaire de l'amérindien me fascine. Ça me vient de loin. Ma mère traite toujours mon père d'Indien pour souligner son caractère sauvage, d'homme des bois invétéré qui pêche à chaque temps clair, qui chasse dès que les feuilles rosissent sur le pourtour. Et comme mon père m'a souvent traînée avec lui à travers les sentiers et les branches qui vous claquent en plein visage, je crois que j'ai hérité de son caractère sauvage. J'ai besoin de solitude, de rester les jambes croisées dans mon tipi, sur le bord de la rivière à regarder les truites frayées dans l'onde brune. C'est un cliché gros le comme monde : la fille avec une branche de sapin de piqué dans la tignasse en bataille, le teint brunâtre, les yeux noirs, farouche.

En lisant Dialogues avec un Sauvage et en préparant mon cours, je me penche sur le stéréotype. Pour la refonte fictive, c'est parfait. L'imaginaire du bon sauvage est facilement associable à celui des hippies grano avec leur commune dans le fin fond des bois. « La civilisation nous corrompt », qu'ils chantent avec une fleur entre les dents, les seins nus. En fait, ce que j'envie c'est la simplicité, la paix monstre, la sobriété. Une sorte d'ascèse, bref. Une vie d'extrémités, de pôles bien chauds. Mais diantre, si on ne peut plus se forger des imaginaires de sobriété démesurée, je ne suis plus Pocahontas. C'est très judéo-chrétien aussi : la paix, l'amour, la solidarité, la communauté. La Bible véhicule un tel monde, fabulé, paradisiaque proche de celui du « sauvage bucolique » avec son jardin d’Éden.

Je suis là. Alors que tout le jour, je me perds dans mes sauvageries fleuries, la nuit, je rêve de fin du monde. Et c'est mon père qui m'amène à l'Apocalypse dans mon rêve . On marche ensemble, on entre dans une église. Ma famille nous y attend, assise sur un banc, côte à côte. Nous sommes défaits. C'est la fin de tout. Personne ne survivra. Et on pleure. Puis après, plus rien. C'est la fin.