samedi 13 novembre 2010

Dans la tribu

Là, je bois le vin de ma mère, la même qui m'a élevée à grandes doses de granules homéopathiques, de mantra gayatri, de Françoise Hardy, de dimanches à se faire bronzer. La contrée natale me couvre chaudement, me protège. Il n'y a pas de cliché plus grand qui soit. La sécurité est partout : confort, bouffe grasse, enfants à la pelle, anciens amis vieux comme le monde. On écoute une émission de country à la télévision, pêle-mêle sur le divan. Tout le monde ici aime ça. Je suis comme eux, exactement. J'ai beau être mongole, crier et mettre mes doigts dans ma bouche pour m'expliquer à l'heure du souper, personne ne sourcille. On se contente de me resservir à boire : allez, tu en as besoin, bois! La grand-mère de mon amie m'a dit cet après-midi de laisser passer l'eau sous les ponts... de prendre mon temps. J'ai préféré sa sagesse à toutes les autres entendues depuis longtemps. Elle m'a dit ces mots avec son large dentier souriant. Je l'ai aimée. Elle était pleine de tendresse. Quelques minutes plus tard, un daim passait près du chalet. Il nous a fixés à travers la fenêtre, calme et inconscient. J'ai eu envie de me donner un grand coup de pioche sur la tête pour atteindre un tel niveau d'indifférence. Quoique... ces temps-ci, je m'approche du tempérament bouillant d'un... cailloux : blanc, lisse, silencieux, la gueule ouverte, encore sous le choc de l'impact. Bam!

Je ne parviens pas à me souvenir de l'extase d'hier, tout ce dont je me rapelle se trouve parfaitement condensé dans les paroles de Julien Clerc :

Il faut le croire, moi seul je sais quand elle a froid
Ses regards ne regardent que moi
Par hasard, elle aime mon incertitude
Par hasard, j'aime sa solitude
("Ma préférence")

Elle est moi. Je suis elle.