mercredi 17 novembre 2010

Dans la piscine (like a truite in hot water)


Les copies recouvrent le sol de mon tipi. J'ai de la correction à faire. J'achève en fait. J'irai nager ensuite pour me dépenser un peu et évacuer toute cette trop bonne vie que je mène : ermitage, coucher tôt, aucun sourire, air mélodramatique. Un ennui! J'enfilerai mon superbe casque de bain en caoutchouc qui empêche toute forme d'idées de s'enfuir et j'entrerai dans l'eau bleue parmi les autres palmés de ma race.

La faune qui peuple les piscines publiques est composée de deux types précis : le sportif en maillot stretch et le lâche avec des shorts lousses qui arrivent aux genoux (nombre de longueurs : 4 ou 5 à toutes les demi-heures, entre 4 ou 5 discussions sur la technique de nage). Dois-je préciser lequel retient le plus l'attention (la mienne)? Ah j'oubliais, il y a aussi le pépé pervers : il ne nage presque pas et abuse longuement du bord de piscine pour matter les filles. Tactique : rentrer la tête sous l'eau dès que la fille arrive à sa hauteur. Les lunettes de natation facilitent bien sûr cette délicate et peu subtile stratégie de voyeurisme.

Autre faune toute aussi stéréotypée : celle du sauna (féminin pour l'occasion). Il y a encore là deux types : la vieille émancipée, nue comme un vers, à l'aise dans son corps déchu et dans sa cellulite et la jeune fringante qui se contente d'être en maillot, avec boucle d'oreilles en renfort, et d'expirer en silence.

Voilà une faune amusante dont je ne me tanne pas. Hier, d'ailleurs, j'ai reçu un coup  pendant que je faisais mes longeurs. Rien de violent. J'ai senti une main heurter ma cuisse. La surprise passée, j'ai alors pensé qu'il s'agissait d'un code. Mais que voudrait-il dire, ce code? Tu es des nôtres maintenant, continue ta ride comme ça, tu torches dans une piscine? Viens me rejoindre dans le vestiaire des gars après, watch out? Ton casque est à l'envers, t'as l'air d'une folle? Tu veux des enfants avec moi? Lorsque j'ai atteint le bord de la piscine, l'inconnu était à l'extrême opposé de moi. Impossible d'échanger le traditionnel « oh-désolé-c'est-pas-rave ». Tout cela est demeuré en suspens. La prochaine fois, je prendrai le taureau par les cornes et je vais heurter moi-même un inconnu dans un mouvement un peu trop large. Je verrai bien ce qui se passe ensuite... Le code, le mystère et tout... D'un coup que s'ouvre à moi les portes secrètes qui mènent au vice, à la vertu et au bonheur extrême? J'ai peur soudainement...